Une journée radieuse en énergie citoyenne

Compte-rendu de la Première journée de l’énergie citoyenne en Suisse romande (01.12.2018, Université de Lausanne)

Le premier décembre 2018 a eu lieu la Première journée de l’énergie citoyenne en Suisse romande. Issue de la collaboration entre une coopérative d’énergie citoyenne jurassienne (Coopergy) et un projet de recherche de l’Université de Lausanne, elle s’est déroulée dans les bâtiments de cette dernière. Les buts de cette journée étaient :

  • présenter le développement de ce phénomène en Suisse romande ;

  • faire connaître les expériences de réseaux existants en Europe, en France et en Suisse, où l’énergie citoyenne prend sa place comme nouvelle actrice dans la scène énergétique ;

  • et envisager la création d’un réseau similaire en Suisse romande.

La matinée, ouverte au public, a compté avec la présence de 56 personnes, dont de nombreux porteurs de projets, mais aussi de chercheurs, d’experts en énergie et de citoyens intéressés par le sujet. Après l’ouverture institutionnelle de la journée de la main de Sophie Swaton (UNIL, Zoein) et Jean-Marc Comment (Coopergy), Mònica Serlavos (UNIL) a d’abord présenté sa recherche doctorale laquelle, soutenue par la plateforme Volteface, les Services Industriels de Genève et la Fondation Zoein, porte sur les initiatives d’énergie citoyenne en Suisse romande. Lors de cette présentation, nous avons parcouru le concept d’énergie citoyenne, examiné comment ce phénomène se développe en Suisse romande et dans quel contexte il s’inscrit, et nous avons abordé l’idée du réseau comme stratégie potentielle pour faire évoluer ce mouvement en Romandie. Ensuite, nous avons compté avec la présence de représentants de trois réseaux travaillant à différentes échelles :

  • Stanislas d’Herbemont, chargé de projet à RESCOOP, au niveau européen ;

  • Marion Richard, animatrice nationale à Énergie Partagée, au niveau français ;

  • et, Diego Fischer, membre du comité de VESE, au niveau suisse.

Voir les présentations

Ces trois présentations nous ont permis de nous familiariser avec trois structures qui, à leur échelle, fédèrent des initiatives d’énergie citoyenne. Cette entrée en matière a donné lieu à une discussion entre tous les participants qui s’est avérée très riche et animée touchant à la fois des questions de gouvernance, d’approche à la transition énergétique ou d’interaction avec les autres acteurs du système.


Lors de l’après-midi, réservé exclusivement aux porteurs de projets, 16 initiatives étaient présentes. L’objectif de cette séance de travail, animé par Vincent Chapuis (Coopergy), était de discuter la création d’un réseau de l’énergie citoyenne en Suisse romande. Pour cela, nous nous sommes servis d’une adaptation de la méthode participative World Café, qui a permis à l’ensemble des participants de définir les trois thèmes prioritaires à traiter à ce stade du projet :

  • la transition énergétique ;

  • la pertinence de créer une nouvelle structure ou d’adhérer à une structure existante ;

  • et les besoins des organisations et les objectifs du dit réseau.

Signalons qu’à cause du caractère participatif et créatif de l’exercice, la dynamique des discussions et les résultats pour chaque thématique ont été de nature très diverse. Le temps alloué aux ateliers a été réduit en raison de la prolongation des moments de discussions de la matinée.


  1. Quelle approche à la transition énergétique ?

Le premier groupe exprime les craintes et les peurs que peut déclencher une approche catastrophique justifiant la transition (collapsologie). Dans le brouhaha politico-médiatique, il est parfois difficile de se faire son opinion. Qui croire ? Quelle est la réalité des faits ? Comment agir convenablement comme citoyen ? Comment motiver d’autres à agir ?

Le deuxième groupe reprend des propositions (co-création, pouvoir d’agir, catalyseur) en mettant l’accent sur la nécessité de l’action. L’effondrement est plutôt vu comme une opportunité. Il faut favoriser la participation de tous pour discuter et créer des liens. La création de centres de compétences permet de partager les expériences (positives et négatives)

Le troisième groupe (qui a disposé de moins de temps pour s’exprimer), complète les propositions en mettant l’accent sur une mobilisation qui intègre joie et partage pour des incitations positives. La communication doit être organisée et ciblée, notamment vers les décideurs politiques. La co-création d’une « vitrine » commune est utile pour partager.

Identifier les vrais problèmes — Adopter une démarche citoyenne

Opinions, sentiments

La transition énergétique est de plus en plus assimilée à une approche « collapsologique ». Cela peut déranger, voire décourager certaines personnes qui souhaitent sincèrement s’engager.

Aujourd’hui, il est difficile d’avoir une vision globale de la situation, identifier les vrais problèmes, de mettre en lumière les différents intérêts (entreprises, investisseurs, dominants) et les véritables enjeux (inégalités, impacts sur la vie, changement radical des comportements).

La transition énergétique est avant tout une démarche citoyenne qui consiste à prendre conscience et à conscientiser.

Les peurs engendrées par les discours sur le collapse ou l’effondrement sont contre-productives.

Valeurs, attitudes, approches

Présenter de manière compréhensive les éléments et les preuves qui justifient la réduction d’une consommation d’énergie d’un facteur de 6 à 9.

Présenter et partager une vision globale de la situation.

Identifier les « fausses bonnes idées » (ex. augmentation vhc électriques vs réduction mobilité).

Développer l’esprit critique chez les citoyens, les initier aux approches systémiques, favoriser l’ouverture et le dialogue dans un esprit constructif.

Agir avec plaisir, être concret et positif, favoriser la joie dans l’action participative (ex. Villes en transition)

Collapse/effondrement/disruption opportunités

Considérer aujourd’hui comme une opportunité de faire advenir demain :

Constats

Besoin de se parler, de communiquer, de créer des liens.

Nécessité de se réapproprier le pouvoir d’agir et l’autonomisation collective

Promotion des démarches participatives par la co-construction

Émergence de « catalyseurs » capables d’intéresser et d’inciter à passer à l’action

Besoin de cibler la communication : citoyens et décideurs politiques

Ouvrir des « vitrines » comme « incitations positives »

Actions

Identifier les compétences disponibles en Suisse romande/Suisse/Europe

Mettre en relation les différentes compétences

Créer des centres de compétences par thèmes (types d’énergie, fonctions, régions, etc.), éviter les silos

Maintenir le contact et les échanges

Organiser la communication

2. Quelle pertinence pour une nouvelle structure par rapport aux structures existantes ?

VESE

Énergie partagée

Rescoop EU

Artisans de la transition

Alliance Climatique

Nouvelle entité

Lobbying politique CH

2

-1

-1

1

1

1

Lobbying politique EU

1

1

2

-1

-1

1

Partage de connaissances

1

2

2

2

-1

2

Montage de projet

1

1

1

-1

-1

2

Valeur

-1

1

1

1

1

1

Aspects légaux CH

1

-1

-1

-1

-1

1

Acte citoyen

-1

1

1

1

1

1

Financement

1

1

1

-1

-1

1

Mise en place du réseau

1

1

1

2

2

-1

6

6

7

3

0

9

3. Pour quels besoins et avec quels objectifs ?


Le déroulement global de la journée, ainsi que les nombreux échanges entre les participants nous font pressentir que nous sommes au début d’un processus qui permettrait aux initiatives d’énergie citoyenne en Suisse romande de collaborer les unes avec les autres, de partager ressources et compétences et, en définitive, d’exister au sein d’un collectif régional plus large.

Sur cette base nous retenons les propositions d’actions à réaliser :

  • renouveler la rencontre en 2019 ;

  • maintenir un contact régulier entre acteurs de l’énergie citoyenne en Suisse ;

  • définir des valeurs et objectifs communs (par exemple par l’adhésion à une charte) ;

  • effectuer un inventaire des initiatives, expériences et compétences ;

  • organiser le partage d’informations et de compétences ;

  • renforcer le pouvoir d’agir sur le plan politique en organisant et créant une communication commune ;

  • et maintenir le site internet comme embryon de communauté de pratiques.

À ce propos, nous vous informons d’ores et déjà qu’une réunion de travail est en train de s’organiser et aura lieu au mois de mars 2019 avec les porteurs de projets intéressés à s’engager davantage dans ce processus. L’objectif de cette réunion est de prioriser les propositions d’actions et d’organiser leur concrétisation sous forme de projets. .

Plus d’informations suivront dans les prochaines semaines. De même, dans la mesure des ressources disponibles, nous prévoyons d’ores et déjà une deuxième édition de la journée de l’énergie citoyenne en Suisse romande, dans le courant de cet automne. Pour être au jour de toutes les nouvelles liées à cette initiative, nous vous invitons à suivre notre site web qui pour l’instant reste notre seul moyen de communication.

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